Collectif national pour les droits des femmes

Familles ou pas ?

Gestation pour autrui : non à la marchandisation du corps des femmes

vendredi 17 décembre 2010

Le débat sur la Gestation pour Autrui refait surface. GPA, doux euphémisme pour ne pas parler de mères porteuses, terme qui fait sans doute peur mais qui montre mieux la réalité des choses.

Une tribune a été publiée il y a trois jours dans le Monde par des personnes proches du PS et des féministes, défendant le droit à la gestation pour autrui.

Revenons un peu sur leurs arguments :

  • Le refus de la France d’autoriser la GPA témoigne de « ses propres conservatismes ». On parle de « liberté à conquérir » et on compare avec « le droit au divorce, puis le droit de disposer librement de son corps » qui ont été obtenus au prix d’une « confrontation » et « en répétant les choses avec obstination ». Bref, si l’on comprend bien le droit à la GPA serait un droit à conquérir au moyen de la lutte.

Le coup du conservatisme qu’il faut bousculer, Sarkozy nous le fait tous les jours en détournant les mots de leur cadre, contextuel et sémantique : les mauvais coups portés aux travailleurs deviennent « la réforme »,la « réforme » des retraites vise à plus de « solidarité », il va « moraliser » le capitalisme, etc.

Oser comparer la « lutte » pour la GPA à celle du droit à disposer de son corps relève tout simplement de mauvaise foi : la GPA est le droit à disposer du corps..... de l’autre, nuance de taille !

  • Le second argument met en avant « la multiplicité et la plasticité des modèles familiaux » en insistant sur le fait que « les liens sociaux priment sur les liens biologiques ». « Parenté et filiation n’ont rien de naturel, ce sont des liens institués ».

D’accord mais alors, si les liens sociaux priment sur les liens biologiques, pourquoi prôner la GPA plutôt que l’adoption ? Ne serait-ce pas du biologique qui s’insinue ici sous la forme de quelques gouttes de sperme qui proviendraient du père si ça n’est pas lui qui est stérile. On entend déjà les commentaires : « C’est un peu de nous ».Un peu de traçabilité du code génétique ça ne fait pas de mal.

  • Le troisième argument commence par une ritournelle : « Depuis des enfants naissent grâce à des gestations pour autrui dans plusieurs démocraties avancées » Ça se fait ailleurs, donc ça devrait se faire chez nous. Le libéralisme s’étend à la vitesse grand V partout, donc il devrait s’étendre plus vite chez nous....Argument maintes fois entendu, c’est la modernité.

« Les droits des femmes et l’intérêt des enfants y sont protégés » continue la tribune. Nous voulons des exemples car nous avons plutôt entendu que ce type de situations créait des imbroglios juridiques terribles.
Puis on pense aux femmes porteuses pour lesquelles la solution aux éventuels problêmes est toute trouvée : il faut encadrer la GPA selon certains critères pour éviter : « une instrumentalisation des femmes, une réification de leurs corps, une marchandisation de l’enfant » tous termes employés à juste titre par celles et ceux qui combattent la GPA.

Selon les auteurEs de la tribune, fixer ces critères nécessite « l’ouverture d’un débat ». Car la GPA doit devenir, si elle est encadrée « une authentique pratique altruiste ». Et sont cités les critères : pas de GPA pour les femmes qui n’ont pas eu d’enfant, limiter le nombre de ces GPA, fixer une limite d’âge, ne pas porter un enfant pour ses descendants, pas de relation financière, c’est le juge qui établit l’état civil, la femme peut prendre à tous moments les décisions relatives à son corps, la société prend en charge le coût de la grossesse.

Mais de qui se moque-t-on ? Dans quelle société vivons nous ? D’où vient un tel angélisme, une telle fausse naïveté ?
Nous sommes dans une société où tout se vend et tout s’achète. Nous ne sommes pas dans une société altruiste et nous n’allons pas vers une société altruiste. Croit-on vraiment qu’il n’y aura pas de relation financière ? Et les dessous de table, les dons en nature , ils n’existent pas ? Verra-t-on des femmes riches porter des enfants pour un couple pauvre ? Qui peut évaluer les répercussions qu’il y aura sur les mères porteuses et leur famille ?

Soyons sérieuses et sérieux : on ne peut pas instrumentaliser le corps des femmes au nom de la compassion pour autrui. Ce n’est pas la libre disposition de son corps, c’est la libre « dépossession » du corps d’une femme. Les femmes ne sont pas des couveuses . L’adoption existe et elle devrait être étendue aux couples gays et lesbiens. De grâce, nous ne sommes pas dans une société de Bisounours où comme dit la tribune « des parents, des géniteurs, une gestatrice peuvent permettre, ensemble, la venue au monde d’un enfant ». C’est peut être pour les auteurEs un rêve merveilleux mais il est grand temps de redescendre sur terre et de ne pas nous rejouer le couplet des " travailleuses du sexe" . La coupe est pleine !

Nous suivre